11 février 2006
Le chant de Rossignol ...
J'attends le RER ...
Ca commence toujours comme ça l'histoire d'aujourd'hui qui devient demain et raconte déjà après-demain.
Mais ça commence comme ça si on continue comme ça.
"J'attends le Railway Electric Raider
... je ne sais pas s'il s'arrêtera à Yssi, c'est une petite station
isolée du Val de Sènes. Parfois il passe en rugissant, fulminant pour
rattraper le temps perdu à attendre ceux qui sinon tenteraient de
s'agripper après. Mais lorsqu'il s'arrête, il y a un flot précipité
d'Hommes-Corneilles qui s'en échappe pour voler vers des cages
administratives. C'est ce qui fascinant ici, à Yssi, c'est le nombre de
ces êtres dont chairs et tissus sont cousus ensembles pour correspondre
aux normes des statuts énoncées par le règlement. Mais je me
demande s'ils se rendent bien compte qu'il n'y a rien d'autre à Yssi
que des vollières administratives, aussi creuses qu'un dé à coudre.
Physiquement, si l'on supprimait les liaisons entre tous leurs atomes
de vie on pourrait placer le contenu compressé dans ce même dé à coudre
parce qu'eux comme moi et comme toutes choses nous sommes faits surtout
de rien. Et de même que les atomes tiennent avec des forces magnétiques, tout
ce flot garde sa cohésion grâce à une force sociale. Et comme la force
sociale finit par être tellement abstraite à force de
s'auto-entretennir et s'autojustifier, on revient à mon point de départ
: Yssi est une petite station isolée de la vie puisqu'elle est entourée
de volières qui s'emplissent surtout de rien le jour et se vident du
peu de quelque chose pour lequel elles sont conçues, la nuit.
J'attends donc le Railway Electric Raider,
et je suis un Homme-Rossignol : on remarque que je chante au début et
puis par la suite on additionne ça aux bruits de fond. Alors finalement je
chante mais je ne suis pas entendu. Et je chante pour rien, parce que le
petit peu de tout qui subsiste ne me prète plus d'attention. C'est vexant et
frustrant comme situation parce que tout les matins j'attends ici pour
rejoindre une vollière administrative où je chante surtout pour rien
parce que je persiste à croire en la richesse du petit peu de quelque chose qui
m'entoure.
Il arrive, il vrombit, les Hommes-Corneilles se
déversent, cédant la place à leurs semblables et je vais me coincer,
Rossignol muet à masque de Corneille entre les Corneilles pour chanter
sur une feuille de papier pendant que les Corneilles croassent dans
leur tête.
Le soleil explose en supernova matinale, le RER
s'enfile dans son goulot souterrain et mes paupières se referment sur
des rêves laissés en plan : il est temps de retrouver le pays des
Rossignols pour être frais à émerger chez les Corneilles pour quelques
heures et leur mettre, imperceptiblement, un peu de chant de Rossignol dans la tête et le
coeur ... pour quelques heures ...
En fait ça a commencé comme d'habitude et puis c'est devenu insolite : c'est mon chant de Rossignol ...
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